L’activité de conseil

MICHEL-ANGE, Le jugement dernier, fresque, 1536-1541, Chapelle Sixtine, Vatican

 

L’épreuve du feu. Diriez-vous que votre entreprise, votre structure ou votre maison a atteint le niveau d’excellence auquel elle devrait prétendre ? A-t-elle déployé une identité forte, joint l’acte à la parole, réconcilié le court et le long terme ? Est-elle soutenue par une organisation qui, loin d’être une usine à gaz, soit véritablement au service de ses ambitions ? Son positionnement juste la prémunit-elle contre le risque de mauvaise presse (le fameux bad buzz) ? En un mot, apporte-t-elle un supplément d’âme à ses clients et à ses collaborateurs ?

Et vous-même ? Êtes-vous aussi bon dans votre domaine que vous pourriez l’être ? Avez-vous vraiment identifié ce que vous pouvez apporter au monde qui vous entoure ? Exploitez-vous tous vos talents et savoir-faire ? Votre savoir-être est-il à la hauteur de votre expertise ? Alignez-vous vos paroles sur vos croyances et vos actes sur vos paroles ? Au fond, donnez-vous la pleine mesure de ce que vous êtes ?

La force d’un système. Décliner les méthodes de l’ingénierie juridique aux affaires, à la politique ou à la communication poursuit un but unique : vous faire exister. Pas simplement survivre, pas uniquement être. Mais exister, dans une certaine plénitude et avec un certain succès, aujourd’hui et dans la durée. Figurer un jour au panthéon des entreprises ou des organisations, être au rang des personnalités qui comptent ne sont pas de si mauvais desseins (1). Or, la juriste repentie que je suis a conservé de sa formation une arme fatale, bien que sous-estimée : l’esprit de système. Mise au service de votre ambition, cette faculté fera des miracles.

SYSTÈME
(Nom masculin — du grec ancien sún (avec) et ístêmi (dresser))
1. Ensemble d’éléments ou de principes organisés, coordonnés entre eux1LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Système, 1, 2, 4, 6. LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Système, 1, 2. et interdépendants.
2. Ensemble de pratiques et de procédés visant à assurer une certaine fonction2LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Système, 2. LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Système, 3, 4, 5..

Un système est donc un ensemble d’éléments interdépendants, qui interagissent selon certains principes ou certaines règles, et poursuivent la réalisation d’objectifs propres. Ainsi une entreprise, une organisation et même un jeu – y compris un jeu social – sont-ils des systèmes. L’esprit de système, lui, s’entend de la « disposition à concevoir des vues d’ensemble »3LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Système, synonyme..

La dynamique d’une structure. On comprend alors que cette tournure d’esprit est idéale pour créer ou, mieux encore, pour optimiser les structures (et les projets).

STRUCTURE
(Nom féminin — du latin structura, lui-même de struere (construire, assembler))
1. Manière dont un édifice est bâti4LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Structure, 1..
2. Arrangement mécanique d’une substance ; arrangement des diverses parties d’un corps5LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Structure, 3. LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Structure, 1..
3. Organisation des parties d’un système, qui lui donne sa cohérence et en est la caractéristique permanente ; système complexe considéré dans ses éléments fondamentaux6LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Structure, 2, 3..

En conséquence, une structure vaut moins par ses composantes que par les relations qui existent entre elles. Or l’organisation d’une entreprise, son écosystème – entendu comme le réseau de partenariats qu’elle noue – et même une stratégie commerciale ou une ligne de produits sont (ou devraient être) des systèmes qui animent des structures. La métaphore du jeu est donc tout à fait pertinente pour évoquer l’entreprise ou la politique (2). Si cette image vous parle, vous avez compris que le plus court chemin entre votre vie actuelle et votre place au panthéon passe par l’écriture de la règle du jeu.

1. Un avant-goût du paradis

Viser l’excellence. Au paradis des organisations et des marques, il existe un grand recueil que chaque fondateur peut venir consulter à l’heure du jugement dernier : il y trouve l’histoire de son entreprise, ce qu’elle a été… et ce qu’elle aurait pu être, si elle s’était saisie de sa mission. Mais vous, vous avez les pieds sur Terre et le mode d’emploi de votre structure – la Notice de déploiement de son plein potentiel – reste enfermé là-haut, dans un grimoire poussiéreux et impénétrable… Il y a bien une solution : écrire cette satanée règle du jeu ! Rédiger vos procédures, consigner vos savoir-faire, diffuser votre culture interne, révéler tous vos talents, créer de nouveaux usages, communiquer sur votre ADN.

« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. »7Citation attribuée à Oscar WILDE.

Donner du sens. Le mot « sens » est complexe et renferme, en français, de nombreux… sens, entendez par là de nombreuses significations. Donner du sens est donc une expression beaucoup plus féconde que l’usage actuel ne laisse à penser. L’expression « faire sens », incorrecte en français, n’est qu’un cache-misère importé de l’anglais « to make sens ». Or, on ne produit pas du sens par magie, au sens où on en ferait surgir de nulle part. On insuffle du sens à ce qui existe ou à ce qu’on crée.

SENS
(Nom masculin — de l’indo-européen sent (aller de l’avant))
1. Fonction physiologique par laquelle un organisme reçoit des informations physiques ou chimiques sur son milieu extérieur8LAROUSSE, Dictionnaire en ligne Sens (1), 1.. Appareil qui met un être vivant en rapport avec les objets du dehors par le moyen des impressions que ces objets font directement sur lui9LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Sens, 1.. Exemple : le goût, l’odorat, le toucher.
2. Perception, aptitude à connaître quelque chose de façon immédiate et intuitive10LAROUSSE, Dictionnaire en ligne Sens (1), 2. LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Sens, 3.. Exemple : le sens des affaires.
3. Signification, ensemble d’idées que représente un signe, un symbole, un mot11LAROUSSE, Dictionnaire en ligne Sens (1), 3 et 4. LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Sens, 17..
4. Raison d’être, valeur, finalité de quelque chose, ce qui le justifie et l’explique12LAROUSSE, Dictionnaire en ligne Sens (1), 5. LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Sens, 3..
5. Direction13LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Sens, 21. LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, V° Sens (2), 1 à 5..

La liste est longue… De tous ces « sens », seuls les trois derniers (signification, raison d’être et direction) renvoient à l’expression « donner du sens ». Ainsi, donner du sens à un projet, à un produit, à une entreprise ou à une carrière, c’est tout à la fois lui donner une signification, une raison d’être et une direction. Cette étape est essentielle et ne doit jamais être négligée14Cette analyse renvoie à l’approche de Simon SINEK qui propose de « commencer par le pourquoi », pour reprendre le titre de son livre publié en 2015 aux éditions Performance. Le livre avait initialement paru en 2009 aux États-Unis. Voir la Notice sur l’intelligence décisionnelle, étape #1.. Car, de ce qu’on en aura fait émerger, découleront une culture d’entreprise, une stratégie de communication, une politique de management ou un objectif de carrière. On voit donc que la question du sens – très en vogue actuellement mais qui semble relever de la philosophie plus que des affaires – trouve sa traduction concrète dans diverses fonctions de l’entreprise. Donner du sens permet de créer la cohésion au sein de l’équipe15Cf. Management, communication interne., de faire adhérer le client à la marque16Cf. Marketing, communication externe., de convaincre des investisseurs ou des partenaires17Cf. Finances, autre forme de communication externe., de vendre des produits ou des prestations.

Clarifier. Montrer une direction, mettre des mots sur une signification, identifier une raison d’être sont trois manifestions de ce que l’étape #1 de l’intelligence décisionnelle propose : révéler l’âme de votre entreprise, de votre projet, de votre produit. C’est mettre le doigt sur votre identité en répondant à cette question simple en apparence : pourquoi existez-vous ? C’est un vrai travail à mener. Si vous êtes une organisation, réunissez une petite équipe à partir de volontaires piochés dans tous les services. Puis faites-les plancher sur ce sujet : « c’est quoi, (nom de votre structure ou projet) ? »18Cet exercice convient autant à des organisations qu’à des personnes, des produits ou des idées. D’ailleurs, la chaîne ARTE a fait de cette question un court programme qui n’est rien d’autre qu’une recherche sartrienne de l’essence. Si cette démarche vous concerne personnellement, interrogez votre parcours et, au besoin, faites-vous accompagner.

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Révéler l’âme de son projet ou de son entreprise est le meilleur moyen (et, à dire vrai, le seul vraiment efficace) pour apporter clarté et lisibilité à son activité. Elle vous servira désormais de boussole. Faites émerger vos valeurs et déclinez-les en méthodes de travail. Identifiez de nouveaux besoins et faites-en des produits novateurs. Forgez-vous un vrai ton et utilisez-le à travers toute votre communication. Bien sûr, cette approche s’applique avec autant de pertinence à la politique, que vous représentiez une idée, un parti ou un territoire. Savoir qui on est aide toujours à savoir ce qu’on peut faire et comment on va le faire, ce qu’on veut dire et comment on va le dire.

Connecter. Une fois trouvée votre boussole, vous pouvez faire la cartographie de toutes vos activités, de vos produits et de vos supports de communication. Vous verrez comment ils se positionnent les uns par rapport aux autres, s’il s’en dégage une harmonie, s’ils parlent tous d’une seule et même voix : la vôtre. C’est le moment de songer à de nouveaux partenaires qui vous permettront d’étoffer votre écosystème. En fait, donner du sens revient à connecter entre eux des idées, des évènements, des personnes, des produits. Comme dans ces dessins pour enfants qu’ils font apparaître en reliant des points numérotés. Sauf que, dans la réalité, il n’y a pas de numéros pour vous guider et que tous les points ne font pas partie du dessin. Relier les points conduit, dans ces conditions, à mener une quête de cohérence de votre activité, de votre structure, de votre parcours.

Éclairer. C’est le cœur de mon positionnement, dans le conseil comme dans la rédaction. Qu’il s’agisse d’écrire un programme politique, d’accompagner une réorganisation ou de créer une école de formation interne, je vous aiderai à révéler le sens de vos actions (stratégie) puis à en déterminer les meilleures modalités d’exécution (organisation et communication). Mise en œuvre avec vous, cette démarche de co-création – authentique et sur-mesure – est l’essence de l’intelligence décisionnelle. Apportant clarté, simplicité et fluidité, elle resitue toute prise de décision ou pilotage de projet complexe dans votre épopée personnelle ou celle de votre maison. C’est ainsi que, petit à petit, on écrit sa propre règle du jeu.

 

Anonyme, Faust et Méphisto jouant aux échecs, 19e siècle

 

2. La métaphore du jeu

“Il faut considérer la vie comme une partie que l’on peut gagner ou perdre.”19Citation attribuée à Simone de Beauvoir.

La vie n’est pas un jeu. Je n’ai pas de goût excessif pour les jeux et, pour tout dire, je n’adhère pas au vaste mouvement de ludification20On parle également de ludicisation ou gamification, bien que les trois termes ne soient pas parfaitement synonymes. Ils se rapportent cependant à la transposition des mécanismes du jeu (récompense, objectif, engagement du « joueur ») à d’autres domaines : commerce, éducation, formation. Le truc n’est pas neuf, ainsi qu’en atteste l’essor des cartes de fidélité et des points cadeaux depuis plusieurs décennies. auquel nous assistons. Quoique la publicité cherche à nous prouver le contraire, la vie n’est pas un jeu, pas plus qu’elle n’est une fête. Car le jeu comme la fête supposent que l’on s’absente momentanément du cours normal des choses. Quand on joue, quand on fait la fête, tout est permis ou presque. Dans la vie au contraire, les actes ont des conséquences qu’il faut assumer. On doit faire des choix entre des solutions également contraignantes, il n’est pas possible de sauter un tour et, quand on repasse par la case départ, on touche rarement vingt mille Francs.

La vie est une succession de jeux. Nombre d’occupations dans la vie (éducation, politique, affaires) sont pourtant assimilables à des « jeux ». Comme le jeu en effet, elles sont des activités encadrées par des règles, qui comportent une situation de départ et une situation d’arrivée, occupations au sein desquelles une place est faite au hasard et où se déploie le libre-arbitre des « joueurs ». De plus, l’être humain est un animal éminemment grégaire. Or « l’image du jeu est sans doute la moins mauvaise pour évoquer les choses sociales »21Pierre BOURDIEU, « De la règle aux stratégies », entretien avec Pierre LAMAISON, Terrain (revue d’ethnologie de l’Europe), n° 4, mars 1985, p. 93‑100.. Ce n’est donc pas un penchant naturel mais une commodité intellectuelle qui me pousse à faire usage d’une métaphore à la fois utile et féconde22À rapprocher de cette citation : « … le fait d’appeler « jeux » des comportements aussi tragiques que le suicide, l’alcoolisme et l’abandon aux drogues, le crime ou la schizophrénie, n’est ni fou, ni facétieux, ni barbare. La caractéristique essentielle du jeu humain n’est pas que les émotions soient fausses, mais qu’elles soient réglementées. Cela se révèle quand des sanctions punissent un déploiement illégitime d’émotions. Le jeu peut être d’un sérieux sinistre ou même fatal, mais les sanctions sociales ne seront sérieuses que si les règles sont transgressées. » (Éric BERNE, Des jeux et des hommes, 1975, Stock).. Considérer des pratiques ou des projets professionnels à travers le prisme du jeu permet de les observer avec distance (#1). En interrompant brièvement la partie (#2), il devient alors possible d’en réécrire les règles (#3) pour pouvoir jouer de manière plus efficiente et plus agréable (#4). Ces quatre étapes seront l’occasion de filer la métaphore du jeu afin de donner une perspective à la démarche23Le lecteur intéressé par une approche théorique et actuelle du jeu lira à profit les articles d’Oscar BARDA dans son blog Extension du domaine du jeu (L’Obs)..

♠ Étape #1. Observer la partie

La phase d’audit. Bien que désignées par des concepts (l’intelligence décisionnelle, l’ingénierie de la règle, la stratégie politique), les prestations offertes par le cabinet Notices à son aimable clientèle reposent sur des bases concrètes. Sauf création de structure ou mise en place de projet vraiment innovant, il s’agit de partir de l’existant24Positionnement, locaux, équipe, clientèle. pour améliorer ce qui peut l’être, idéalement avec les moyens dont vous disposez déjà25Matériel, personnel, compétences.. Le but de cette phase d’audit est d’identifier les systèmes, les structures et les usages qui gouvernent votre activité, y compris ceux qui sont défectueux26Dysfonctionnements, retards, gaspillage., de les mettre en évidence pour voir s’ils remplissent correctement leur fonction27Le traitement des réclamations clients, la gestion des carrières, les lignes de fabrication, le suivi des factures, la communication interne, etc. en utilisant un minimum de moyens28Matériel, trésorerie, temps de travail des collaborateurs. Ce dernier aspect doit faire l’objet d’une attention particulière. Il n’échappe à personne, en effet, que la masse salariale est un poste de dépense important. En revanche, on sous-estime beaucoup les gains de temps qu’une simplification ou réorganisation de certaines tâches ou opérations peut produire, juste par la rédaction de procédures, l’adoption de codes communs ou le redéploiement des attributions.. L’objectif est de révéler tout le potentiel de votre structure, en fonction de ce qu’elle est déjà. Cela n’exclut pas des investissements, s’ils sont proportionnés au retour attendu et s’ils s’inscrivent dans une stratégie globale. L’intelligence décisionnelle sait aussi voir grand !

La métaphore du jeu (1) : un discours. Tout jeu pose un objectif et fixe les moyens de l’atteindre, qui sont autant de règles mais également de valeurs. Souvent, le jeu figure un territoire, c’est-à-dire une portion d’espace, dans une géographie autonome qui lui est propre. La partie étant découpée en séquences, le jeu induit un certain rapport au temps. Des objets symbolisent des personnages ou instrumentalisent le hasard29Un dé, par exemple.. Ainsi, déployant un univers propre, le jeu est un discours sur le monde, qui traite toujours d’un sujet. Cette dimension discursive en fait un média, voire une forme d’art. Dépassant le seul divertissement, le jeu devient un mode de communication entre les Hommes. D’ailleurs, tout peut être raconté ou mis en scène par le jeu, avec une certaine distance qui dédramatise la situation. Car le jeu comporte de nombreuses connotations (le divertissement, l’amusement, la gratuité, l’inutilité ou l’irréalité) qui en font un discours à nul autre pareil. Mettre du ludique dans du non-ludique permet alors de simuler des situations très diverses (conduite d’un engin, vol en avion, opération chirurgicale) afin de faciliter l’apprentissage ou d’assimiler un grand nombre d’informations.

♦ Étape #2. Mettre le jeu en pause

L’élaboration d’une stratégie. Rassurez-vous, il n’est pas véritablement question d’appuyer sur le bouton pause. Il s’agit plutôt de « se poser » quelques instants, pour repenser les choses. La vie des affaires et le jeu politique sont soumis à un même impératif – la fuite du temps – qui appelle un même réflexe : la course contre la montre. Quand on a continuellement le nez dans le guidon, la tentation est de faire comme on a toujours fait, de réagir aux difficultés ou à l’actualité par à-coup, en s’éloignant de toute vue d’ensemble. Or cette vue d’ensemble, en fonction de laquelle on devrait prendre toutes les décisions, porte un nom. C’est la stratégie.

STRATÉGIE
(Nom féminin — du grec stratos (armée) et ageîn (conduire))
1. (Militaire) Art de combiner et de coordonner l’action de forces militaires, politiques, économiques et morales impliquées dans la conduite d’une guerre ou la préparation de la défense d’une nation30LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Stratégie, 1 et 2..
2. (Affaires & Politique) Ensemble d’actions coordonnées, d’opérations habiles, de manœuvres en vue d’atteindre un but précis31TLFI, Stratégie, B, 1.. Le sens de la stratégie est l’art de concevoir le meilleur plan d’actions possible, en fonction du but visé et des moyens disponibles.
3. Catégorie de Notices appartenant au site du même nom, figurant sur la page Affaires & Entreprise et traitant de Management, de Hiérarchies et de Marketing.

La conception occidentale de la stratégie repose sur la modélisation32Voir la conférence de François JULLIEN, L’art de la guerre expliqué à l’Occident, 2007, École centrale de Marseille.. Distinguant entre théorie et pratique, elle commence par faire un plan (le modèle) qui sera ensuite mis en œuvre. En ce sens, une règle du jeu est un modèle. Rapportée aux affaires, la conception de ce modèle revient à interroger l’ADN de l’entreprise pour déterminer son positionnement sur le marché puis à en tirer des orientations pour son activité future. À l’inverse, l’approche chinoise de la stratégie repose sur la maturation, c’est-à-dire sur les transformations invisibles. La priorité est donc donnée au terrain, à la configuration des lieux. Le bon stratège sait révéler le potentiel d’une situation, en mettant en place les conditions qui permettront d’obtenir les effets escomptés33Il est vrai que la contrainte est fréquemment contreproductive. L’incitation, plus douce, mène souvent au même résultat, avec une déperdition d’énergie moindre. . Antinomiques, ces deux conceptions sont également complémentaires, ce qui explique que l’intelligence décisionnelle tienne compte de l’une autant que de l’autre34D’ailleurs, à elles deux, elles montrent l’imbrication de la stratégie et de l’organisation.. Précisons enfin qu’en affaires comme en politique, l’élaboration d’une stratégie intervient dans un contexte de concurrence, à laquelle la meilleure réponse reste la créativité. L’innovation plutôt que l’imitation.

La métaphore du jeu (2) : une influence. Dire que le jeu est une activité réglée, c’est mettre en évidence que chaque jeu repose sur un système complet de règles. Ces règles poursuivent la réalisation d’un objectif et, dans cette optique, autorisent ou interdisent certains comportements. Elles peuvent aussi récompenser le joueur35Rejouer quand on fait un double six, toucher vingt mille Francs. ou le sanctionner36Passer son tour, aller en prison.. Le but du jeu ne peut donc être atteint que selon des moyens prévus par les créateurs du jeu et expliqués dans les règles. S’il y a bien un affrontement entre les joueurs, c’est une concurrence organisée que le jeu met en place. C’est une bataille à la loyale.

« Tout jeu est système de règles. Celles-ci définissent ce qui est ou qui n’est pas de jeu, c’est-à-dire le permis et le défendu. Ces conventions sont à la fois arbitraires, impératives et sans appel. »37Roger CAILLOIS, Les jeux et les hommes. Le masque et le vertige, Gallimard, introduction.

Entre les deux extrêmes que sont l’obligatoire38Au sens d’une obligation de faire ou de donner. et le défendu39Au sens d’une interdiction, c’est-à-dire une obligation de ne pas faire., on trouve un vaste champ des possibles. Cet espace (mental) permet au joueur d’exercer son libre-arbitre, d’exprimer son sens de la tactique. À travers une série de choix, dont certains se révéleront judicieux et d’autres non, le joueur construit ainsi sa propre partie.

« Le terme de jeu combine […] les idées de limites, de liberté et d’invention. Dans un registre voisin, il exprime un remarquable mélange où se lisent conjointement les idées complémentaires de chance et d’habileté, de ressources reçues du hasard ou de la fortune et de la plus ou moins vive intelligence qui les met en œuvre et qui tâche d’en tirer un profit maximum. »40Roger CAILLOIS, Les jeux et les hommes. Le masque et le vertige, Gallimard, introduction.

Aussi inventif soit-il, le joueur se heurte toujours à une limite : les interdictions. Sa liberté est donc partiellement illusoire. Comme toute liberté en ce bas-monde, elle n’est jamais que le jeu de conditionnements, une configuration particulière d’un mécanisme pré-déterminé, une construction (originale, il est vrai) à partir de briques déjà données. À l’instar de la règle41Cf. Valérie Debrut, 1.1 et 1.2., cet aspect du jeu le fait apparaître comme un vecteur ou un levier d’influence. Si le joueur choisit le « coup » qu’il va jouer, il ne le sélectionne que parmi des coups permis, prévus, connus.

 

John George BROWN, Bluffing, 1885, Collection particulière.

 

♣ Étape #3. Réécrire la règle du jeu

L’élaboration d’une tactique. Dans la conception d’un plan, il y a évidemment de très nombreux niveaux de détail (selon la granularité). Les vues générales ont déjà été arrêtées lors de la phase précédente (identité de la structure ou du produit, grandes lignes du projet, stratégie politique à moyen terme). Là, il s’agit de passer à la mise en œuvre concrète en organisant le travail, en planifiant les tâches, en fédérant les efforts, par l’élaboration d’outils, la rédaction de procédures, la création de contenus (charte graphique, identité rédactionnelle, signature vocale, suivi des créances, gestion des fournisseurs, prévention et traitement des réclamations clients, etc.). C’est la tactique.

TACTIQUE
(Nom féminin — du grec ancien taktikós, de tássô (disposer, mettre en rangs), puis taktós (ordonné))
1. (Militaire) Classiquement, art de combattre et d’employer les trois armes principales, infanterie, cavalerie et artillerie, dans les terrains et les positions qui leur sont favorables. La tactique exécute les mouvements qui sont commandés par la stratégie42LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Tactique, 1.. Aujourd’hui, art de diriger une bataille, en combinant par la manœuvre l’action des différents moyens de combat et les effets des armes, afin d’obtenir un résultat déterminé43LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Tactique, 1..
2. (Par extension) Moyens habiles employés pour obtenir le résultat voulu44LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Tactique, 2. ; marche qu’on suit, moyen dont on se sert pour réussir45LITTRÉ, Dictionnaire en ligne, Tactique, 2..

On voit que réécrire la règle du jeu est une vaste entreprise (au sens où elle est transversale et ne se limite pas aux organes, aux fonctions, aux métiers), intellectuellement ambitieuse, mais pas si lourde que ça à mettre en action(s). Elle identifie des objectifs et des moyens, les réattribue aux différents « joueurs »46Dirigeants, investisseurs, collaborateurs, ouvriers, partenaires. et procède à une répartition temporelle47Scander l’activité avec des rendez-vous, des rituels, des étapes quotidiens, hebdomadaires, mensuels… et spatiale48Réaménagement des postes de travail, acquisition de nouveaux locaux, création de nouveaux espaces pour le repos, les réunions, etc. du « jeu ».

La métaphore du jeu (3) : une motivation. Un jeu, comme une entreprise ou un programme politique, contribue à façonner le monde en changeant les usages, en en montrant de nouveaux49C’est la Realpolitik de BISMARCK autant que la « libération de la femme » par MOULINEX…. La réussite de votre projet dépend de votre motivation mais aussi – et surtout – de votre capacité à y faire adhérer tous vos « partenaires » (collaborateurs, clients, fournisseurs, investisseurs, anges gardiens). Cette adhésion est un des effets recherchés de l’emploi de la règle comme vecteur d’influence. Motiver n’est rien d’autre qu’influencer favorablement ses troupes. Autrement dit, c’est « créer chez quelqu’un les conditions qui le poussent à agir… »50LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Motiver, 3. Or le jeu, parce qu’il comporte un « enjeu », est un facteur d’engagement.

ENJEU
(Nom masculin — étymologiquement, l’enjeu est bien sûr ce qui est « en jeu »)
1. Ce que l’on risque dans un jeu, en particulier une somme d’argent, et qui revient au gagnant51LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Enjeu, 1..
2. Ce que l’on peut gagner ou perdre dans une entreprise quelconque52LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Enjeu, 2..

Sa dimension inclusive53C’est le sens de l’expression être « dans » le jeu. porte à adhérer à une narration, d’autant plus que le jeu est un monde merveilleux, auquel on a envie d’appartenir54On dira que le jeu est un interactif fictionnel.. Sans aller jusque-là pour les entreprises, on constate qu’il y a des boîtes dans lesquelles on aime travailler et d’autres non, des managers qu’on a envie de suivre et d’autres qui découragent. Or la motivation ne tient pas exclusivement – ni même essentiellement – à la rémunération ou à la qualité des locaux, mais à des aspects plus humains, à une certaine liberté ou à une implication des collaborateurs. Au-delà, traiter de la vie politique ou de la vie en entreprise à travers le jeu permet de renforcer l’esprit d’équipe et d’aborder, de façon dépassionnée, la gestion des conflits.

♥ Étape #4. Jouer selon les nouvelles règles

L’exécution du plan. L’écriture des règles du jeu et leur mise à disposition de vos collaborateurs ne vont pas transformer ipso facto la réalité de votre entreprise. Une idée – donc un plan, un projet, une tactique – n’est rien sans sa mise à exécution. On recourt aux services d’un conseil pour obtenir des résultats concrets et durables55Prodiguer des conseils, c’est bien. Impulser durablement un changement, c’est mieux.. Il faut donc escorter le changement, épauler votre structure pour que les parties prenantes s’approprient le projet et, partant, que les règles nouvellement écrites soient appliquées. Dans l’entreprise, l’exécution du plan s’appuiera sur la communication interne et des sessions de formation. En politique, il s’agira plutôt de miser sur une solide communication externe et de faire jouer son réseau d’influence. Dans les deux cas, un accompagnement individuel (coaching) pourra s’avérer nécessaire pour lever des freins et libérer les potentiels.

La métaphore du jeu (4) : un apprentissage. Dans la droite ligne de la capacité motivationnelle du jeu, se situe celle de l’apprentissage. On la retrouve dans ce que l’on nomme les « serious game », ces jeux qui ne sont pas dévolus au simple divertissement mais à l’éducation, à la formation, à la prévention, voire au marketing. Contrairement à la réalité, un jeu peut sans cesse être recommencé. Cette deuxième caractéristique du jeu (la répétition) est, avec l’interaction (déjà mentionnée), une condition de l’apprentissage. La répétition va engendrer la mémorisation d’informations ou l’acquisition de réflexes. Mieux, elle va renverser le rapport à l’erreur. Quand on joue, par exemple sur son téléphone, on ne le range pas à la première partie perdue. On réessaie. Car se tromper est vu comme une acquisition d’expérience au service d’un objectif : gagner la partie. Là où, dans la vie, l’erreur est perçue comme un échec, dans le jeu, on l’assimile à de l’expérience. Se tromper permet d’apprendre de ses erreurs, d’appréhender différemment les choses. Ce retournement conduit à instaurer une dynamique d’innovation, à doper la créativité, à chercher – presque mécaniquement – de nouvelles solutions à un problème connu.

« Le jeu suppose certes la volonté de gagner, en utilisant au mieux ces ressources et en s’interdisant les coups prohibés. Mais il exige davantage : il faut enchérir de courtoisie sur l’adversaire, lui faire confiance par principe et le combattre sans animosité. Il faut encore accepter d’avance l’échec éventuel, la malchance ou la fatalité, consentir à la défaite sans colère ni désespoir. Qui se fâche ou se plaint se discrédite. En effet, là où toute nouvelle partie apparaît comme un commencement absolu, rien n’est perdu et le joueur, plutôt que de récriminer ou de se décourager, a lieu de redoubler son effort. »56Roger CAILLOIS, Les jeux et les hommes. Le masque et le vertige, Gallimard, introduction.