Stratégie

Comment progresser dans sa vie professionnelle

Une nécessité. On n’apprend pas, on n’apprend plus son métier une bonne fois pour toutes. L’évolution des connaissances est si rapide, la concurrence si acharnée que le professionnel qui veut faire autorité dans son domaine doit sans cesse progresser. C’est là une règle non-écrite du monde des affaires, qui est cependant plus facile à énoncer qu’à appliquer. La vie est pressée, l’entreprise une jungle, le quotidien absorbant. Oui, j’enfile les lapalissades comme d’autres les perles… Certaines évidences méritent pourtant d’être rappelées. Avoir un bon bagage ne suffit pas, encore faut-il transformer l’essai.

Un atout. Au sortir de l’école, une fois le premier poste décroché, la tentation est d’enchaîner les semaines et les dossiers sans lever le nez du guidon. On veut prouver sa valeur en espérant être remarqué1Cf. Hiérarchies, introduction de l’ebook.. Mais rien ne vient et il semble toujours que ceux qui passent devant ont un truc en plus2Une langue, une expérience, un diplôme, un réseau.. C’est ce critère différenciant, cette valeur ajoutée, ce positionnement particulier qu’il faut parvenir à acquérir, à conserver, à développer. Dîtes-vous bien qu’une carrière professionnelle se construit à long terme. On commence par se fixer un objectif, au moins une direction. Puis, on oriente son exercice professionnel en fonction de ce projet. Enfin, on déploie sa stratégie à travers divers modes de progression : l’expérience (1), la formation (2), les évènements (3), l’inspiration (4).

1. Acquérir de l’expérience

Une pratique. On peut définir3LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Expérience, 1. l’expérience comme la pratique et l’épreuve d’une profession ou d’un métier, une pratique dont découlent un savoir, une connaissance, une habitude. C’est le savoir-faire. L’expérience est donc une formation qui s’acquiert par le travail. Plus précisément, c’est la connaissance tirée de la pratique, de toutes les pratiques. Elle suppose, elle aussi, une certaine épaisseur dans le temps. Mais le temps n’agit jamais par son seul écoulement. Ce n’est pas lui qui vous fera progresser, c’est la diversité des tâches et des missions accomplies. Avoir cinq années d’expérience, ce n’est pas avoir vécu cinq fois la même année de travail. C’est vivre une fois cinq années différentes. L’erreur est commune en la matière et la confusion préjudiciable à ceux qui multiplient les expériences plutôt qu’ils les répètent.

Avoir cinq années d’expérience, ce n’est pas avoir vécu cinq fois la même année.

Accepter les tâches difficiles ou ingrates, celles qui sont en périphérie de ses attributions, prendre des dossiers juste pour apprendre, se confronter à la difficulté, ne pas éluder ses lacunes… C’est comme ça que l’on progresse. On apprend en observant les autres, en s’adaptant aux circonstances, en trouvant de nouvelles solutions, mais surtout en faisant des erreurs. C’est l’expérience par l’expérimentation, qui consiste à considérer d’un point de vue formateur les évènements éprouvants que l’on a vécus4LAROUSSE, Dictionnaire en ligne, Expérience, 2.. Autrement dit, c’est l’apprentissage par l’échec, certes difficile à faire accepter en entreprise. Il ne s’agit pas cependant de faire des erreurs pour apprendre, mais bien d’apprendre de ses erreurs, plus exactement de réparer ses erreurs et d’en tirer quelque chose. Les serious game l’ont bien compris qui inversent le rapport à l’erreur en en faisant un mode d’apprentissage5Cf. le projet Notices, 2.2, étape #4, la métaphore du jeu (4)..

2. Se former continuellement

Un façonnage. L’expérience visait à l’acquisition du savoir-faire, qui est un savoir mis en action. La formation se contente d’apporter un savoir, c’est-à-dire des connaissances, des informations, des notions, qui devront ensuite être appliquées pour être véritablement maîtrisées. Mais la formation est le début de l’acquisition d’une nouvelle compétence. Pour ce faire, commencez par identifier vos lacunes ; plus encore, identifiez vos talents. Ensuite, cherchez à combler les premières et à perfectionner les seconds. Utilisez votre droit à la formation, inscrivez-vous à des séminaires, suivez des MOOCs ou des webinaires, faites des stages6Même des micro-stages découverte pendant vos vacances. , lisez la presse spécialisée7Inscrivez-vous à des newsletter, abonnez-vous à des sites ou même à des revues papier. ou des livres techniques. Soyez proacti·f·ve, n’attendez pas que votre entreprise (ou Pôle Emploi) vous propose des formations…

Bossez les fondamentaux, développez vos aptitudes, affinez vos goûts.

On peut aller plus loin en s’attachant au mot. Former, c’est donner une forme. La formation est donc un façonnage, une manière de couler votre intelligence et votre capacité de travail dans des moules, des conduits, des canons. Loin d’être des freins à la créativité, ces formes vont rendre vos aptitudes opérationnelles pour un emploi déterminé (la pâtisserie, la composition florale, l’audit). Car la formation n’est pas réservée aux professions dites nobles. Les métiers manuels peuvent même offrir des marges de progression supérieures. Pensez aux Compagnons du tour de France8Les charpentiers, les menuisiers et serruriers, les maçons, les tailleurs de pierre, les couvreurs, zingueurs et plombiers, les peintres et vitriers, les boulangers et pâtissiers. ou aux Meilleurs ouvriers et apprentis de France9Restauration et hôtellerie, alimentation, bâtiment et patrimoine, cuir et textile, bois et ameublement, métaux, industrie, terre et verre, vêtement, mode et beauté, bijouterie, coutellerie et lunetterie, gravure, communication et audiovisuel, musique, agriculture et paysagisme, commerce et services.. On peut être bon et même excellent dans tous les domaines, d’où qu’on vienne. À condition toutefois de s’en donner la peine. Apprenez sans relâche et progressez toujours.

3. Participer aux évènements

Une inclusion. Une profession est un univers, un monde régi par un ensemble de règles, les règles de l’art. Ce sont des habitudes, des pratiques, des valeurs. Ainsi, devenir un professionnel reconnu n’est pas simplement connaître son métier. C’est aussi en posséder le style10« Depuis mon enfance, j’ai toujours lu avec passion les annonces médicales et pharmaceutiques des journaux, ainsi que les prospectus intitulés « mode d’emploi » que je trouvais enroulés autour des boîtes de pilules et des flacons de sirop qu’achetaient mes parents. Dès l’âge de neuf ans, je savais par cœur des tirades entières sur l’exonération imparfaite du constipé. […] Ces textes m’ont rendu familier de bonne heure avec le style de la profession. » (Jules ROMAINS, Knock ou le triomphe de la médecine, acte I, scène unique. Cf. cours d’intelligence décisionnelle #1). C’est incarner la profession. Tout cela commande de ne plus être uniquement tourné vers le client11Quand on est entrepreneur ou indépendant. ou l’employeur12Quand on est salarié ou apprenti., mais de s’intéresser également aux confrères et concurrents, au milieu, aux tendances. La société actuelle tourne autour de l’économie, si bien qu’appartenir au monde de l’entreprise, c’est nécessairement consolider ou modifier des usages, des schémas, des représentations13Pensez à la livraison à domicile, à la vente à emporter, à l’ubérisation, au numérique, toutes innovations qui puisent leur source dans l’entreprise..

L’entreprise est un acte politique, un acte de foi qui façonne les modes de vie et engage l’avenir.

Visitez les salons professionnels, participez aux évènements internes, rapprochez-vous des syndicats et ordres dont vous dépendez. Allez voir au cœur du réacteur, là où se font et se défont les tendances. Vous êtes légitime à vouloir découvrir la fabrique des us et coutumes de votre métier. Prendre part revient ainsi à s’inclure, à appartenir au groupe. Ce bouillon de culture est très important. Il permet de piocher des éléments de langage, d’affiner son savoir-être14Vêtements, comportements, attitudes., de se tenir informé·e des nouveautés et de surveiller les concurrents. Quand vous participez à un salon, observez les gens, assistez aux conférences et prenez des notes. Rapportez chez vous et épluchez toute la documentation trouvée15Brochures, prospectus, magazines, etc..

Archivez ensuite cette vaste matière. Reprenez et triez vos notes, mettez-les au propre. Constituez-vous une bibliothèque personnelle, à laquelle vous ajouterez les notes des séminaires et formations16Cf. 2. Se former continuellement.. Faites-en votre boîte à idées. De temps à autre, replongez-y pour imaginer de nouvelles pistes, faire des liens, doper votre créativité. Bien sûr, rien ne vous empêche d’ouvrir un blog et de poster quelques billets d’humeur chroniquant les tendances et les évènements. Plus modeste mais aussi efficace, publier régulièrement des petits articles sur Linkedin ou sur Medium montre que vous suivez l’actualité de votre domaine, que vous êtes impliqué·e, réacti·f·ve et volontaire, bref que vous avez compris et appliquez la règle du jeu.

4. Chercher l’inspiration

Un souffle. De pigiste, on devient journaliste. D’apprenti, on devient maître. De stagiaire, on devient salarié. De collaborateur, on devient associé. D’artisan, on devient patron. De salarié, on devient entrepreneur. La vie professionnelle est une sorte de jeu, en tout cas un chemin fait d’embûches et d’opportunités. Il existe sans doute quelques contes de fées entièrement dus au hasard. Le plus souvent, la réussite professionnelle ne tombe pas du ciel. On la construit.

Résumons. La formation (initiale et continue) vise à l’acquisition du savoir. L’expérience forge lentement les savoir-faire. Les évènements et salons affinent le savoir-être. L’inspiration, elle, anime la carrière, orchestre les projets, met les idées en action. Chercher l’inspiration, c’est se donner du souffle pour accomplir de (plus) grandes choses. L’inspiration permet alors de donner la mesure de son talent et aide ainsi à « faire savoir » ce dont vous êtes capable. Ça n’est pas si complexe si vous suivez vos intuitions, écoutez vos envies, multipliez vos intérêts. Si vous osez.

« Faire, sans faire savoir, ce n’est rien. »17Auguste DETŒUF, Propos de O. L. Barenton – Confiseur, 1937, Les éditions d’organisation, 1982, p. 155.

Lire des livres inspirants, découvrir de nouveaux domaines, baigner dans la culture, faire des voyages, pratiquer un sport peu commun, goûter de nouveaux aliments, s’intéresser à la science, entretenir sa spiritualité… Le (vrai) professionnel ne se contente pas de (bien) faire son métier. Le vrai professionnel – en tout cas celui qui deviendra grand – s’est donné un problème à résoudre, une recherche à mener, un axe à développer. Autrement dit, il s’est donné une mission.

Ce slogan, sorte d’ikigaï professionnel, peut évoluer avec le temps mais il doit toujours pouvoir être résumé en une phrase. Vous la mettrez sur vos CV18Signifiant littéralement « déroulement de la vie » ou « chemin de vie », le curriculum vitæ sert à retracer une carrière professionnelle de manière synthétique, généralement dans un contexte de recrutement. Le candidat à un poste aura toujours intérêt à donner une tonalité particulière à son CV par l’utilisation d’un titre ou d’un sous-titre éclairant sa démarche professionnelle., cartes de visite, profils, site, etc. Il formalisera votre positionnement, sera donc un facteur d’attractivité pour les recruteurs. Plus encore, il vous aiguillera dans les moments de doute, pour faire vos choix, prendre des risques, changer d’orientation. Il sera votre boussole professionnelle, celle qui vous permettra de progresser tout au long de votre parcours.

Voir également la Notice Comment exister professionnellement.

Sources