FinanceHistoire

Abrégé d’histoire bancaire

L’activité bancaire et financière qui passe aujourd’hui pour être parmi les activités humaines les plus sophistiquées remonte aux premières civilisations. La profession des banquiers émergera véritablement au Moyen‑Âge mais la pratique des prêts paraît presque inhérente à l’espèce humaine : on en trouve trace dans le Code d’Hammourabi, dans la Bible, puis chez les Phéniciens, les Babyloniens, les Égyptiens, les Grecs et les Romains. Pour l’essentiel, l’évolution de la profession suit celle de la monnaie.

Le banquier assure le change entre les diverses devises, il conserve les objets précieux. L’étymologie du mot en est marquée : la « banca » est la table, le comptoir de vente, sur lesquels on pose les devises et monnaies. Les grandes foires moyenâgeuses permettent le développement du commerce, corrélativement celui de la banque, même si l’encadrement religieux demeure strict. Les prêts à intérêts sont prohibés par les autorités religieuses, qui oublient que les premiers prêts ont été le fait des gardiens de temples de l’Antiquité. L’interdiction est contournée par divers mécanismes tels que la lettre de change et les opérations de banque s’intensifient.

À l’aube de la Révolution industrielle, le banquier assure déjà les trois fonctions qui demeureront longtemps son apanage : il gère les moyens de paiement et opère le change, il octroie des prêts, il collecte les dépôts. Il profite de l’essor du capitalisme pour se tailler une place de choix dans la gestion des fortunes. Diversifiant ses activités, le banquier mélange les genres en devenant actionnaire et entrepreneur. Il s’enrichit, fait parfois sauter la banque.

Le public et les autorités s’émeuvent des faillites : les déposants se méfient1La pratique des bas de laine aura perduré jusqu’à la moitié du XXe siècle., on crée les banques centrales. Le contrôle étatique remplace peu à peu la défiance de l’Église. Puis, c’est la construction de statuts juridiques2De véritables réglementations bancaires ont commencé à voir le jour dans les années trente. Lors des travaux préparatoires de la grande loi de 1984, une quarantaine de statuts juridiques avaient été recensés., par vagues successives. On oscille entre spécialisation3C’était l’objet de la loi du 2 décembre 1945 mais des commentateurs ont également vu dans la loi n° 96‑597 du 2 juillet 1996 de modernisation des activités financières « un tournant par rapport à la loi bancaire du 24 janvier 1984 dans le sens d’un retour à une logique de séparation des métiers », même s’il n’a « jamais été question de remettre en cause le concept de banque universelle » (Zimmermann J.‑P., « La loi du 2 juillet 1996, l’établissement de crédit et le concept de banque universelle », Propos impertinents de droit des affaires : mélanges en l’honneur de Christian Gavalda, préf. Claude Lucas de Leyssac et Gilbert Parléani, Paris, Dalloz, 2001, p. 299‑316, spéc. p. 300 et 309). et universalisme4La loi n° 84‑46 du 24 janvier 1984 modifiée relative à l’activité et au contrôle des établissements de crédit a instauré un système dit de banque universelle., entre interventionnisme5Lois des 13 et 14 juin 1941, et du 2 décembre 1945. et libéralisme. L’herbe est plus verte ailleurs, on prend exemple sur les voisins6Sur la « transposition de l’exemple américain à l’Europe », voir Carmoy Hervé de, La banque du XXIe siècle, Paris : O. Jacob, 1995, p. 243‑248.. Quand la catastrophe arrive, on tend la main aux enfants chéris de la finance. On leur fait promettre de ne plus recommencer7Les plans de sauvetage des banques par l’État prévoyaient certaines obligations pour les établissements en bénéficiant (par exemple, en termes de rémunération).. La fuite en avant peut reprendre.

Sources

  • Valérie DEBRUT, Le banquier actionnaire, Thèse de doctorat, 2012, n° 1 et 2. N’hésitez pas à en consulter l’épilogue.
  • Illustration : Andrea DEL VERROCCHIO, Buste de Laurent de Médicis, 1478-1521, National Gallery of Art, Washington. (Les Médicis étaient une grande famille de banquiers florentins pendant la Renaissance).